Si j’avais des ailes

Lorsque l’on est militaire,
Faut marcher militairement,
Faut obéir et se taire
Sans discuter l’commandement.

Oui mais quand on se repose,
On a le droit de penser,
Hier je pensais que’qu’chose
De vraiment si insensé,

Je pensais que ça serait rigolo
Si j’étais un petit (H)oiseau.

Si j’avais des ailes,
De petites ailes,
Quand l’adjudant me punirait,
Immédiatement, je m’envolerais.

Si j’avais des ailes,
De petites ailes,
Je pourrais toujours m’échapper,
Il pourrait pas me rattraper.

Quant à la boîte qu’il voudrait m’mettre
Je partirais par la fenêtre
Et puis j’y jouerais des p’tits tours
Comme un (Z)oiseau m’l’a fait l’aut’ jour.

C’était dedans le square d’Anvers,
Une hirondelle qui était en l’air,
Elle a fait son p’tit ripipi
Sur la visière de mon képi,

À l’adjudant j’en f’rais autant
Et puis j’me sauverais en chantant
Tirlitihoui tirlitutou
Ah ce serait rigolo comme tout.

Si j’avais des ailes, si j’avais des ailes, si j’avais des ailes.

Dedans le métier des armes
On a pas mal de loisirs,
La sieste a beaucoup de charme,
Mais l’soir on peut pas dormir,

Moi je pense à ma promise,
C’est épatant toute la nuit.
J’ai beau me dire c’est des bêtises,
Ça m’vient toujours à l’esprit.

Je me dit ça s’rait rigolo
Si j’étais un petit (H)oiseau,

Si j’avais des ailes,
De petites ailes,
J’resterais pas là, sapristi,
À m’embêter seul dans mon lit,

Si j’avais des ailes,
En face de chez elle,
J’irai m’poser sur le barreau
Et puis à travers les carreaux

Je regard’rais et je verrais
Des tas d’machins, des p’tits secrets,
À personne je ne l’répéterais,
Mais ça n’fait rien, j’les connaîtrais,

Je saurais si de son corset,
Le ruban est rose ou violet,
Je saurais si son pantalon
Il est court ou bien s’il est long,

Je saurais s’il est décousu,
S’il est fermé, s’il est fendu,
Je saurais peut-être bien encore
Où c’qu’elle met sa main quand elle dort,

Je saurais si la nuit des fois
Elle soupire et elle pense à moi,
Si qu’elle aurait des ailes aussi
C’est ça qui s’rait chic pour vivre,

Je m’en irais sur le balcon
Et j’ui chanterais ma p’tite chanson,
Elle entendrait, elle viendrait
Et puis tous les deux on ferait
Tirlitihoui tirlitutou
Ah ce serait rigolo comme tout.

Si j’avais des ailes, si j’avais des ailes, si j’avais des ailes.

Quand j’vois des aéroplanes,
Je voudrais être aviateur,
Seulement j’ai peur de la panne
Et j’aime pas l’bruit du moteur,

Escalader les nuages
Ça doit être intéressant,
Mais souvent dans le voyage,
Un trop vite on descend,

Ce serait bien plus rigolo
Si j’étais un petit (H)oiseau,

Si j’avais des ailes,
De petites ailes,
Je monterais au firmament,
J’verrais plus le casernement,

Si j’avais des ailes,
De petites ailes,
Si j’irais tant qu’j’pourrais monter,
Et j’entendrais plus rouspéter,

J’entendrais plus le caporal
Me dire espèce d’animal,
Je n’entendrais plus le sergent
Me dire mon vieux je vous fous d’dans,

J’entendrais plus le capiston
Me supprimer ma permission
Je n’irais plus à l’exercice
Et j’s’rais toujours exempt d’service,

Je n’irais plus aux distributions
Et je n’monterais plus la faction,
Je n’gratterais plus les pommes de terre
Je f’rais plus d’marches militaires,

Et comme je n’aurais pas de souliers
Dedans y aura pas du gravier,
Et ça me fera pas mal aux pieds
C’est toujours ça qu’j’aurais gagné,

Et quand je voudrais rigoler
J’viendras planer sur le quartier,
J’verrais les copains manoeuvrer,
J’entendrais les sous-officiers

Enguirlander les p’tits troupiers,
Mais moi s’ils voulaient me chopper,
Ils pourraient toujours s’aligner
Je rigolerais, quand ils m’diraient

Venez ici, j’me cavalerais,
J’lèverais la queue et j’leur dirais
Tirlitihoui tirlitutou
Ah ce serait rigolo comme tout.

Si j’avais des ailes, si j’avais des ailes, si j’avais des ailes.

Je n’suis pas bien portant

Depuis que Fje suis sur la terre,

C’n’est pas riC7golo. Entre Fnous,
Je suis d’une santé précaire,

Et je m’fais C7un mauvais sang Ffou,

J’ai beau vouG7loir me remonter

Je souffre de tous les côC7tés.

FJ’ai la rate
Qui s’dilate
J’ai le foie
Qu’est pas droit
J’ai le ventre
Qui se rentre
J’ai l’pylore
Qui s’colore

J’ai l’gosier
Anémié
L’estomac
Bien trop bas
Et les côtes
Bien trop hautes
J’ai les hanches
Qui s’démanchent

L’épigastre
Qui s’encastre
L’abdomen
Qui s’démène
J’ai l’thorax
Qui s’désaxe
La poitrine
Qui s’débine

Les épaules
Qui se frôlent
J’ai les reins
Bien trop fins
Les boyaux
Bien trop gros
J’ai l’sternum
Qui s’dégomme

Et l’sacrum
C’est tout comme
J’ai l’nombril
Tout en vrille
Et l’coccyx
Qui s’dévisse

B♭Ah! bon Dieu! qu’c’esFt embêtant

D’êC7tre toujours paFtraque,

B♭Ah! bon Dieu! qu’c’esFt embêtant

Je n’C7suis pas bien porFtant.

Afin de guérir au plus vite,
Un matin tout dernièrement
Je suis allé à la visite
Voir le major du régiment.

D’où souffrez-vous? qu’il m’a demandé.
C’est bien simpl’ que j’y ai répliqué.

J’ai la rate
Qui s’dilate
J’ai le foie
Qu’est pas droit
Et puis j’ai
Ajouté
Voyez-vous
C’n’est pas tout
J’ai les g’noux
Qui sont mous
J’ai l’fémur
Qu’est trop dur
J’ai les cuisses
Qui s’raidissent
Les guiboles
Qui flageolent
J’ai les ch’villes
Qui s’tortillent

Les rotules
Qui ondulent
Les tibias
Raplapla
Les mollets
Trop épais
Les orteils
Pas pareils
J’ai le cœur
En largeur
Les poumons
Tout en long
L’occiput
Qui chahute
J’ai les coudes
Qui s’dessoudent
J’ai les seins
Sous l’bassin
Et l’bassin
Qu’est pas sain

Ah! bon Dieu! qu’c’est embêtant
D’être toujours patraque,
Ah! bon Dieu! qu’c’est embêtant
Je n’suis pas bien portant.

Avec un’ charmant’ demoiselle
Je devais m’marier par amour.
Mais un soir comm’ j’étais près d’elle,
En train de lui faire la cour,

Me voyant troublé, ell’ me dit :
– Qu’avez vous? moi j’lui répondis :

J’ai la rate
Qui s’dilate
J’ai le foie
Qu’est pas droit
J’ai le ventre
Qui se rentre
J’ai l’pylore
Qui s’colore
J’ai l’gosier
Anémié
L’estomac
Bien trop bas
Et les côtes
Bien trop hautes
J’ai les hanches
Qui s’démanchent

L’épigastre
Qui s’encastre
L’abdomen
Qui s’démène
J’ai l’thorax
Qui s’désaxe
La poitrine
Qui s’débine
Les épaules
Qui se frôlent
J’ai les reins
Bien trop fins

Les boyaux
Bien trop gros
J’ai l’sternum
Qui s’dégomme
Et l’sacrum
C’est tout comme
J’ai l’nombril
Tout en vrille
Et l’coccyx
Qui s’dévisse

Et puis j’ai
Ajouté
Voyez-vous
C’n’est pas tout
J’ai les g’noux
Qui sont mous
J’ai l’fémur
Qu’est trop dur
J’ai les cuisses
Qui s’raidissent
Les guiboles
Qui flageolent
J’ai les ch’villes
Qui s’tortillent
Les rotules
Qui ondulent

Les tibias
Raplapla
Les mollets
Trop épais
Les orteils
Pas pareils
J’ai le cœur
En largeur
Les poumons
Tout en long
L’occiput
Qui chahute
J’ai les coudes
Qui s’dessoudent
J’ai les seins
Sous l’bassin
Et l’bassin
Qu’est pas sain

En plus d’ça
J’vous l’cach’ pas
J’ai aussi
Quel souci!
La luette
Trop fluette
L’oesophage
Qui surnage
Les gencives
Qui dérivent
J’ai l’palais
Qu’est pas laid
Mais les dents
C’est navrant

J’ai les p’tites
Qui s’irritent
Et les grosses
Qui s’déchaussent
Les canines
S’ratatinent
Les molaires
S’font la paire
Dans les yeux
C’est pas mieux
J’ai le droit
Qu’est pas droit
Et le gauche
Qu’est bien moche

J’ai les cils
Qui s’défilent
Les sourcils
Qui s’épilent
J’ai l’menton
Qu’est trop long
Les artères
Trop pépères
J’ai le nez
Tout bouché
L’trou du cou
Qui s’découd

Et du coup
Voyez-vous
J’suis gêné
Pour parler
C’est vexant
Car maint’nant
J’suis forcé
D’m’arrêter.

Ah! bon Dieu! qu’c’est embêtant
D’être toujours patraque,
Ah! bon Dieu! qu’c’est embêtant
Je n’suis pas bien portant.

La Caissière du Grand Café

FV’là longtemps qu’après la soup’ du soir,

GmDe d’ssus l’banc ousque je vais m’asseoir,

C7Je vois une femme, une merveille,

FQu’elle est brune et F#°qu’elle a les yeux GmnoirsC7/+5.

FEn fait d’femm’s j’m’y connais pas des tas,

GmMais je m’dis en voyant ses appas :

C7Sûrement que des beautés pareilles,

Je crois bien qu’y en a Fpas.

[Refrain :]

Elle est B♭belle, elle est mignonne,

C’est un’ bien jolie perFsonne,

De deF7dans la rue on peut la voir

Qu’elle est assis’ dans son compB♭toir.

Elle a B♭toujours le sourire,

On dirait un’ femme en E♭cire

Avec-que son chignon qu’est toujours B♭bien coiffé,

La belle caisE♭sière du F7Grand B♭Café.

Entourée d’un tas de verr’ à pied,
Bien tranquill’ devant son encrier,
Elle est d’vant la caisse, la caissière,
Ça fait qu’on n’en voit que la moitié.

Et moi que déjà je l’aime tant
J’dis : « Tant mieux, qu’on cache le restant,
Car, si je la voyais tout’ entière,
Je d’viendrais fou complètement. »

[Refrain :]
Elle est belle, elle est mignonne,
C’est un’ bien jolie personne,
Et quand j’ai des sous pour mieux la voir
Je rentre prendre un café noir

En faisant fondre mon suque
Pendant deux, trois heur’s je r’luque
Avec-que son chignon qu’est toujours bien coiffé,
La bell’ caissièr’ du Grand Café.

C’est curieux comme les amoureux
On s’comprend rien qu’avec-que les yeux,
Je la regarde, elle me regarde,
Et nous se regardons tous les deux.

Quand ell’ rit, c’est moi que je souris,
Quand j’souris, c’est elle qui me rit,
Maintenant je crois pas que ça tarde
Je vais voir le paradis.

[Refrain :]
Elle est belle, elle est mignonne,
C’est un’ bien jolie personne,
Pour lui parler d’puis longtemps j’attends
Qu’dans son café y ait plus d’clients.

Mais j’t’en moqu’, c’est d’pire en pire
J’crois qu’c’est ell’ qui les attire,
Avec-que son chignon qu’est toujours bien coiffé
La bell’ caissièr’ du Grand Café.

N’y tenant plus, j’ai fait un mot d’écrit,
J’ai voulu lui donner aujourd’hui
Mais je suis resté la bouche coite,
Et je sais pas qu’est c’qu’elle a compris

En r’gardant mon papier dans ma main.
Ell’ m’a dit, avec un air malin :
« Au bout du couloir, la porte à droite,
Tout au fond vous trouv’rez bien. »

[Refrain :]
Elle est belle, elle est mignonne,
C’est un’ bien jolie personne,
Mais les femm’s, ça n’a pas d’raison
Quand ça dit oui, ça veut dire non.

Maint’nant ell’ veut plus que j’l’aime,
Mais j’m’en moqu’, j’l’aim’rai quand même
Et j’n’oublierai jamais le chignon bien coiffé
D’la bell’ caissièr’ du Grand Café.