Mourir pour des Idées

AmMourir pour Cdes iDdées, Aml’idée esCt excelDlente,

AmMoi j’ai failCli mouDrir de E7ne l’avoir pas Ameue

Car tous ceuxC qui l’aDvaient, AmmultitudCe accabDlante,

AmEn hurlantC à la mortD me E7sont tombés desAmsus

DmIls ont su me convaincreG7 et ma muse insolente,

CAbjurant ses erreurs, se rallie à leur foi

E7Avec un soupçon de réserve toutefois,

MouAmrons pour des idées, d’acFcord, mais de mort G7lentCe,

D’accord, mais de mort Flen- E7en- Amte

Jugeant qu’il n’y a pas péril en la demeure,
Allons vers l’autre monde en flânant en chemin
Car, à forcer l’allure, il arrive qu’on meure,
Pour des idées n’ayant plus cours le lendemain
Or, s’il est une chose amère, désolante,
En rendant l’âme à Dieu c’est bien de constater
Qu’on a fait fausse route, qu’on s’est trompé d’idée,
Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente [bis]

Les saints Jean Bouche d’or qui prêchent le martyre,
Le plus souvent, d’ailleurs, s’attardent ici-bas
Mourir pour des idées, c’est le cas de le dire,
C’est leur raison de vivre, ils ne s’en privent pas
Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent,
Bientôt Mathusalem dans la longévité
J’en conclus qu’ils doivent se dire, en aparté,
« Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente [bis]

Des idées réclamant le fameux sacrifice,
Les sectes de tout poil en offrent des séquelles
Et la question se pose aux victimes novices,
Mourir pour des idées, c’est bien beau mais lesquelles ?
Et comme toutes sont entre elles ressemblantes,
Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau
Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau,
Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente [bis]

Encor s’il suffisait de quelques hécatombes,
Pour qu’enfin tout changeât, qu’enfin tout s’arrangeât !
Depuis tant de « grands soirs » que tant de têtes tombent,
Au paradis sur terre on y serait déjà
Mais l’âge d’or sans cesse est remis aux calendes,
Les dieux ont toujours soif, n’en ont jamais assez
Et c’est la mort, la mort toujours recommencée,
Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente [bis]

O vous, les boutefeux, ô vous les bons apôtres,
Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas
Mais de grâce, morbleu ! laissez vivre les autres !
La vie est à peu près leur seul luxe ici-bas
Car, enfin, la Camarde est assez vigilante,
Elle n’a pas besoin qu’on lui tienne la faux
Plus de danse macabre autour des échafauds !
Mourons pour des idées, d’accord, mais de mort lente [bis]

Sauf le respect que je vous dois

DSi vous y tenez tant parlez-moi desA7 affaires puDbliques,

Encor que ce sujet me rende un peuA7 mélancoDlique,

GParlez-m’en touF#mjours je n’vous en tienEmdrai pas riB7gueur …

[Refrain :]

BmParlez-moi d’amour et j’vous fous mon Ampoing sur la B7gueule,

E7Sauf le resA7pect que je vous Ddois.

Fi des chantres bêlants qui taquinent la muse érotique,
Des poètes galants qui lèchent le cul d’Aphrodite,
Des auteurs courtois qui vont en se frappant le cœur …
[Refrain]

Naguère mes idées reposaient sur la non-violence,
Mon agressivité je l’avais réduite au silence,
Mais tout tourne court ma compagne était une gueuse …
[Refrain]

Ancienne enfant trouvée n’ayant connu père ni mère,
Coiffée d’un chap’ron rouge elle s’en fut ironie amère,
Porter soi-disant une galette à son aîeule …
[Refrain]

Je l’attendis un soir je l’attendis jusqu’à l’aurore,
Je l’attendis un an pour peu je l’attendrais encore,
Un loup de rencontre aura séduit cette fugueuse …
[Refrain]

Cupidon ce salaud geste qui chez lui n’est pas rare,
Avait trempé sa flèche un petit peu dans le curare,
Le philtre magique avait tout du bouillon d’onze heures …
[Refrain]

Ainsi qu’il est fréquent sous la blancheur de ses pétales,
La marguerite cachait une tarentule un crotale,
Une vraie vipère à la fois lubrique et visqueuse …
[Refrain]

Que le septième ciel sur ma pauvre tête retombe !
Lorsque le désespoir m’aura mis au bord de la tombe,
Cet ultime discours s’exhalera de mon linceul :
[Refrain]

Stances à un Cambrioleur

Guitare
G#dim : 4/5/6/4/6/4 | B#dim : x/2/3/1/3/1 | D#dim : x/5/6/4/6/4

Am{intro}

DmPrince des monte-en-l’air et de la cambriole,

G#dimToi qui eus le bon goût de choisir ma maison

BdimCependant que je colportais mes gaudrioles,

DdimEn ton honneur j’ai compoE7sé cette chanAmson

Sache que j’apprécie à sa valeur le geste,
Qui te fit bien fermer la porte en repartant
De peur que des rôdeurs n’emportassent le reste,
Des voleurs comme il faut c’est rare de ce temps

Tu ne m’as dérobé que le strict nécessaire,
Délaissant dédaigneux l’exécrable portrait
Que l’on m’avait offert à mon anniversaire,
Quel bon critique d’art mon salaud tu ferais

Autre signe indiquant toute absence de tare,
Respectueux du brave travailleur tu n’as
Pas cru décent de me priver de ma guitare,
Solidarité sainte de l’artisanat

Pour toutes ces raisons vois-tu, je te pardonne,
Sans arrière-pensée après mûr examen
Ce que tu m’as volé, mon vieux, je te le donne,
Ça pouvait pas tomber en de meilleures mains

D’ailleurs moi qui te parle, avec mes chansonnettes,
Si je n’avais pas dû rencontrer le succès
J’aurais tout comme toi, pu virer malhonnête,
Je serais devenu ton complice, qui sait

En vendant ton butin, prends garde au marchandage,
Ne vas pas tout lâcher en solde aux receleurs
Tiens leur la dragée haute en évoquant l’adage,
Qui dit que ces gens-là sont pis que les voleurs

Fort de ce que je n’ai pas sonné les gendarmes,
Ne te crois pas du tout tenu de revenir
Ta moindre récidive abolirait le charme,
Laisse-moi je t’en prie, sur un bon souvenir

Monte-en-l’air, mon ami, que mon bien te profite,
Que Mercure te préserve de la prison
Aie pas trop de remords, d’ailleurs nous sommes quittes,
Après tout ne te dois-je pas une chanson

Post-scriptum, si le vol est l’art que tu préfères,
Ta seule vocation, ton unique talent
Prends donc pignon sur rue, mets-toi dans les affaires,
Et tu auras les flics même comme chalands

Pensées Des Morts

AVoiF#mlà les feuilE7les sans Asève,

Qui F#mtombent sur E7le gaAzon,

VoiF#mlà le E7vent qui s’éAlève,

Et F#mgémit dans E7le valAlon

VoiF#mlà l’errante hironC#mdelle,

Qui Arase du bout de Dl’aile

L’eau dormante des maEmrais,

F#7Voilà l’enfant des chauBmmières

Qui E7glane sur E5+les bruyAères,

F#mLe bois BmtombéE7 des foArêts

C’est la saison où tout tombe,
Aux coups redoublés des vents
Un vent qui vient de la tombe,
Moissonne aussi les vivants
Ils tombent alors par mille,
Comme la plume inutile
Que l’aigle abandonne aux airs,
Lorsque des plumes nouvelles
Viennent réchauffer ses ailes,
A l’approche des hivers

C’est alors que ma paupière,
Vous vit pâlir et mourir
Tendres fruits qu’à la lumière,
Dieu n’a pas laissé mûrir
Quoique jeune sur la terre,
Je suis déjà solitaire
Parmi ceux de ma saison,
Et quand je dis en moi-même
« Où sont ceux que ton cœur aime ? »,
Je regarde le gazon

C’est un ami de l’enfance,
Qu’aux jours sombres du malheur
Nous prêta la providence,
Pour appuyer notre cœur
Il n’est plus : notre âme est veuve,
Il nous suit dans notre épreuve
Et nous dit avec pitié,
« Âme si ton âme et pleine
De ta joie ou de ta peine,
Qui portera la moitié ? »

C’est une jeune fiancée qui,
Le front ceint du bandeau
N’emporta qu’une pensée,
De sa jeunesse au tombeau
Triste, hélas ! dans le ciel même,
Pour revoir celui qu’elle aime
Elle revient sur ses pas,
Et lui dit : « Ma tombe est verte !
Sur cette terre déserte,
Qu’attends-tu ? Je n’y suis pas ! »

C’est l’ombre pâle d’un père,
Qui mourut en nous nommant
C’est une sœur, c’est un frère,
Qui nous devance un moment
Tous ceux enfin dont la vie,
Un jour ou l’autre ravie,
Emporte une part de nous,
Murmurent sous la pierre
« Vous qui voyez la lumière,
De nous vous souvenez-vous ? »

Voilà les feuilles sans sève,
Qui tombent sur le gazon
Voilà le vent qui s’élève,
Et gémit dans le vallon
Voilà l’errante hirondelle,
Qui rase du bout de l’aile
L’eau dormante des marais,
Voilà l’enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères,
Le bois tombé des forêts

La Religieuse

Guitare
Bm7 : x/2/1/2/x/x

Am

Tous les Dmcœurs se rallient Amà sa blanche cornette,

Si le Dmchrétien succombe à Amson charme insidieux,

Le paîDmen le plus sûr, l’aAmthée le plus honnête,

Se laisDmseraient aller parAmfois à croire en Bm7Dieu.E7

Et Amles enfants de Dchœur font Amtinter leur sonDmnette…

Il paraît que, dessous sa cornette fatale,
Qu’elle arbore à la messe avec tant de rigueur,
Cette petite sœur cache, c’est un scandale !
Une queue de cheval et des accroche-cœurs.
Et les enfants de chœur s’agitent dans les stalles…

Il paraît que, dessous son gros habit de bure,
Elle porte coquettement des bas de soie,
Festons, frivolités, fanfreluches, guipures,
Enfin tout ce qu’il faut pour que le diable y soit.
Et les enfants de chœur ont des pensées impures…

Il paraît que le soir, en voici bien d’une autre !
A l’heure où ses consœurs sont sagement couchées
Ou débitent pieusement des patenôtres,
Elle se déshabille devant sa psyché.
Et les enfants de chœur ont la fièvre, les pauvres…

Il paraît qu’à loisir elle se mire nue,
De face, de profil, et même, hélas ! de dos,
Après avoir, sans gêne, accroché sa tenue,
Aux branches de la croix comme au portemanteau.
Chez les enfants de chœur le malin s’insinue…

Il paraît que, levant au ciel un oeil complice,
Elle dit : « Bravo, Seigneur, c’est du joli travail ! »
Puis qu’elle ajoute avec encor plus de malice :
« La cambrure des reins, ça, c’est une trouvaille ! »
Et les enfants de chœur souffrent un vrai supplice…

Il paraît qu’à minuit, bonne mère, c’est pire :
On entend se mêler, dans d’étranges accords,
La voix énamourée des anges qui soupirent,
Et celle de la sœur criant « Encor ! Encor ! »
Et les enfants de chœur, les malheureux, transpirent…

Et monsieur le curé, que ces bruits turlupinent,
Se dit avec raison que le brave Jésus
Avec sa tête, hélas ! Déjà chargée d’épines,
N’a certes pas besoin d’autre chose dessus.
Et les enfants de chœur, branlant du chef, opinent…

Tout ça, c’est des faux bruits, des ragots, des sornettes,
De basses calomnies par Satan répandues.
Pas plus d’accroche-cœurs sous la blanche cornette,
Que de queue de cheval, mais un crâne tondu.
Et les enfants de chœur en font, une binette…

Pas de troubles penchants dans ce cœur rigoriste,
Sous cet austère habit pas de rubans suspects.
On ne verra jamais la corne au front du Christ,
Le veinard sur sa croix peut s’endormir en paix,
Et les enfants de chœur se masturber, tout tristes…

Le Moyenâgeux

F#mLe seul reB7proche, au Edemeurant,

Qu’aient pu F#mmé- B7riter Emes parents,

C’est d’aEmvoir A7pas jouDé plus tôt,

Le jeu Ede la Dbête à deux Edos.C#7

Je suis né, même pas bâtard,
Avec cinq siècles de retard.
Pardonnez-moi, Prince, si je,
Suis foutrement moyenâgeux.

Ah ! que n’ai-je vécu, bon sang !
Entre quatorze et quinze cent.
J’aurais retrouvé mes copains,
Au Trou de la pomme de pin,
Tous les beaux parleurs de jargon,
Tous les promis de Montfaucon,
Les plus illustres seigneuries,
Du royaume de truanderie.

Après une franche repue,
J’eusse aimé, toute honte bue,
Aller courir le cotillon,
Sur les pas de François Villon,
Troussant la gueuse et la forçant,
Au cimetière des Innocents,
Mes amours de ce siècle-ci,
N’en aient aucune jalousie…

J’eusse aimé le corps féminin,
Des nonnettes et des nonnains
Qui, dans ces jolis temps bénis,
Ne disaient pas toujours « nenni »,
Qui faisaient le mur du couvent,
Qui, Dieu leur pardonne ! souvent,
Comptaient les baisers, s’il vous plaît,
Avec des grains de chapelet.

Ces p’tit’s sœurs, trouvant qu’à leur goût,
Quatre Évangiles c’est pas beaucoup,
Sacrifiaient à un de plus :
L’évangile selon Vénus.
Témoin : l’abbesse de Pourras,
Qui fut, qui reste et restera
La plus glorieuse putain,
De moine du quartier Latin.

A la fin, les anges du guet,
M’auraient conduit sur le gibet.
Je serais mort, jambes en l’air,
Sur la veuve patibulaire,
En arrosant la mandragore,
L’herbe aux pendus qui revigore,
En bénissant avec les pieds,
Les ribaudes apitoyées.

Hélas ! tout ça, c’est des chansons.
Il faut se faire une raison.
Les choux-fleurs poussent à présent,
Sur le charnier des Innocents.
Le Trou de la pomme de pin,
N’est plus qu’un bar américain.
Y a quelque chose de pourri,
Au royaume de truanderie.

Je mourrai pas à Montfaucon,
Mais dans un lit, comme un vrai con,
Je mourrai, pas même pendard,
Avec cinq siècles de retard.
Ma dernière parole soit,
Quelques vers de Maître François,
Et que j’emporte entre les dents,
Un flocon des neiges d’antan…

Ma dernière parole soit,
Quelques vers de Maître François…
Pardonnez-moi, Prince, si je,
Suis foutrement moyenâgeux.

L’Epave

AJ’en appelle à Bacchus ! A Bacchus j’en appelle !
Le tavernier du coin vient d’me la bailler belle.

A7De son établiss’ment j’étais l’meilleur pilier.

Quand Dj’eus bu tous mes sous, il me mit à la G#7porte

En C#mdisant : « Les poivrots, le diable les emF#7porte ! ».

Ça n’B7fait rien, il y a des bisE7trots bien singuAliers…

Un certain va-nu-pieds qui passe et me trouve ivre,
Mort, croyant tout de bon que j’ai cessé de vivre
Vous auriez fait pareil, s’en prit à mes souliers.
Pauvre homme ! Vu l’état piteux de mes godasses,
Je doute qu’il trouve avec son chemin de Damas.
Ça n’fait rien, il y a des passants bien singuliers…

Un étudiant miteux s’en prit à ma liquette,
Qui, à la faveur d’la nuit lui avait paru coquette,
Mais en plein jour ses yeux ont dû se dessiller.
Je l’plains de tout mon coeur, pauvre enfant, s’il l’a mise,
Vu que, d’un homme heureux, c’était loin d’être la ch’mise.
Ça n’fait rien, y a des étudiants bien singuliers…

La femme d’un ouvrier s’en prit à ma culotte.
« Pas ça, madame, pas ça, mille et un coups de bottes
Ont tant usé le fond que, si vous essayiez,
D’la mettre à votre mari, bientôt, je vous en fiche
Mon billet, il aurait du verglas sur les miches ».
Ça n’fait rien, il y a des ménages bien singuliers…

Et j’étais là, tout nu, sur le bord du trottoire,
Exhibant, malgré moi, mes humbles génitoires.
Une petite vertu rentrant de travailler,
Elle qui, chaque soir, en voyait une douzaine,
Courut dire aux agents : « J’ai vu que’qu’chose d’obscène ! ».
Ça n’fait rien, il y a des tapins bien singuliers…

Le r’présentant d’la loi vint, d’un pas débonnaire.
Sitôt qu’il m’aperçut il s’écria : « Tonnerre !
On est en plein hiver et si vous vous geliez ! »,
Et de peur que j’n’attrape une fluxion d’poitrine,
Le bougre, il me couvrit avec sa pèlerine.
Ça n’fait rien, il y a des flics bien singuliers…

Et depuis ce jour-là, moi, le fier, le bravache,
Moi, dont le cri de guerre fut toujours « Mort aux vaches ! »
Plus une seule fois je n’ai pu le brailler.
J’essaye bien encor, mais ma langue honteuse
Retombe lourdement dans ma bouche pâteuse.
Ça n’fait rien, nous vivons un temps bien singulier…

Le Grand Chêne

DIl vivait en deBmhors des Emchemins foresA7tiers,

Ce Dn’était nulleBmment un arbre E7de méA7tier,

Il n’aDvait jamais D7vu l’omGbre d’un bûcheF#7ron,

Ce Bmgrand chêne fier E7sur A7son Dtronc.

Il eût connu des jours filés d’or et de soie,
Sans ses proches voisins, les pires gens qui soient ;
Des roseaux mal pensant, pas même des bambous,
S’amusant à le mettre à bout.

Du matin jusqu’au soir ces petit rejetons,
Tout juste canne à pêche, à peine mirlitons,
Lui tournant tout autour chantaient, in extenso,
L’histoire du chêne et du roseau.

Et, bien qu’il fût en bois, les chênes, c’est courant,
La fable ne le laissait pas indifférent.
Il advint que lassé d’être en but aux lazzi,
Il se résolut à l’exil.

A grand-peine il sortit ses grands pieds de son trou,
Et partit sans se retourner ni peu ni prou.
Mais, moi qui l’ai connu, je sais bien qu’il souffrit,
De quitter l’ingrate patrie

A l’orée des forêts, le chêne ténébreux,
A lié connaissance avec deux amoureux.
« Grand chêne, laisse-nous sur toi graver nos noms… »
Le grand chêne n’a pas dit non.

Quand ils eurent épuisé leur grand sac de baisers,
Quand, de tant s’embrasser, leurs becs furent usés,
Ils ouïrent alors, en retenant des pleurs,
Le chêne contant ses malheurs.

« Grand chêne, viens chez nous, tu trouveras la paix,
Nos roseaux savent vivre et n’ont aucun toupet,
Tu feras dans nos murs un aimable séjour,
Arrosé quatre fois par jour. »

Cela dit, tous les trois se mirent en chemin,
Chaque amoureux tenant une racine en main.
Comme il semblait content ! Comme il semblait heureux,
Le chêne entre ses amoureux.

Au pied de leur chaumière ils le firent planter.
Ce fut alors qu’il commença de déchanter
Car, en fait d’arrosage, il n’eut rien que la pluie,
Des chiens levant la patte sur lui.

On a pris tous ses glands pour nourrir les cochons,
Avec sa belle écorce on a fait des bouchons,
Chaque fois qu’un arrêt de mort était rendu,
C’est lui qui héritait du pendu.

Puis ces mauvaises gens, vandales accomplis,
Le coupèrent en quatre et s’en firent un lit.
Et l’horrible mégère ayant des tas d’amants,
Il vieillit prématurément.

Un triste jour, enfin, ce couple sans aveu,
Le passa par la hache et le mit dans le feu.
Comme du bois de caisse, amère destinée,
Il périt dans la cheminée.

Le curé de chez nous, petit saint besogneux,
Doute que sa fumée s’élève jusqu’à Dieu.
Qu’est-c’qu’il en sait, le bougre, et qui donc lui a dit,

BmQu’y a pas de chêne en Empa-Ara-F#dis ?F#7

BmQu’y a pas de chêne en E7pa-A7ra-Ddis ?

A7D

Le Bulletin de Santé

AJ’ai perdu mes bajoues, j’ai perdu ma bedaiC#ne,

Et, Dce, d’une façon si nette, C#si soudaine,

F#mQu’on me suppose un mal qui Dne pardonne pas,

Qui B7se rit d’EscuE7lape et le laisse Ababa.

Le monstre du Loch Ness ne faisant plus recette,
Durant les moments creux dans certaines gazettes,
Systématiquement, les nécrologues jouent,
À me mettre au linceul sous des feuilles de chou.

Or, lassé de servir de tête de massacre,
Des contes à mourir debout qu’on me consacre,
Moi qui me porte bien, qui respire la santé,
Je m’avance et je crie toute la vérité.

Toute la vérité, messieurs, je vous la livre,
Si j’ai quitté les rangs des plus de deux cents livres,
C’est la faute à Mimi, à Lisette, à Ninon,
Et bien d’autres, j’ai pas la mémoire des noms.

Si j’ai trahi les gros, les joufflus, les obèses,
C’est que je baise, que je baise, que je baise
Comme un bouc, un bélier, une bête, une brute,
Je suis hanté : le rut, le rut, le rut, le rut !

Qu’on me comprenne bien, j’ai l’âme du satyre,
Et son comportement, mais ça ne veut point dire
Que j’en aie le talent, le génie, loin s’en faut !
Pas une seule encore ne m’a crié « bravo ! »

Entre autres fines fleurs, je compte, sur ma liste,
Rose, un bon nombre de femmes de journalistes
Qui, me pensant fichu, mettent toute leur foi,
A m’donner du bonheur une dernière fois.

C’est beau, c’est généreux, c’est grand, c’est magnifique !
Et, dans les positions les plus pornographiques,
Je leur rends les honneurs à fesses rabattues,
Sur des tas de bouillons, des paquets d’invendus.

Et voilà ce qui fait que, quand vos légitimes,
Montrent leurs fesses au peuple ainsi qu’à vos intimes,
On peut souvent y lire, imprimés à l’envers,
Les échos, les petits potins, les faits divers.

Et si vous entendez sourdre, à travers les plinthes,
Du boudoir de ces dames, des râles et des plaintes,
Ne dites pas : « C’est tonton Georges qui expire »,
Ce sont tout simplement les anges qui soupirent.

Et si vous entendez crier comme en quatorze :
« Debout ! Debout les morts ! » ne bombez pas le torse,
C’est l’épouse exaltée d’un rédacteur en chef,
Qui m’incite à monter à l’assaut derechef.

Certes, il m’arrive bien, revers de la médaille,
De laisser quelquefois des plumes à la bataille…
Hippocrate dit : « Oui, c’est des crêtes de coq »,
Et Gallien répond « Non, c’est des gonocoques… »

Tous les deux ont raison. Vénus parfois vous donne,
De méchants coups de pied qu’un bon chrétien pardonne,
Car, s’ils causent du tort aux attributs virils,
Ils mettent rarement l’existence en péril.

Eh bien, oui, j’ai tout ça, rançon de mes fredaines.
La barque pour Cythère est mise en quarantaine.
Mais je n’ai pas encor, non, non, non, trois fois non,
Ce mal mystérieux dont on cache le nom.

Si j’ai trahi les gros, les joufflus, les obèses,
C’est que je baise, que je baise, que je baise
Comme un bouc, un bélier, une bête, une brute,
Je suis hanté : le rut, le rut, le rut, le rut !

Le Pluriel

Guitare
G5+/B : x/2/1/0/0/3

Em« Cher monsieur, B7m’ont-ils dit, Emvous en êB7tes un autre »,

EmLorsque je B7refusai de Emmonter dans leur A7train.

DmOui, sans douA7te, mais moi, j’Dmfais pas le A7bon apôtre,

D7Moi, je n’ai besoin de personne pour en être G5+/Bun.

CLe pluriel ne vaut rien à l’homme et siG7tôt qu’on,

Est plus de quatreC on estF une banCde de cons.

Bande à part, sacrebleu ! c’est ma règle et G7j’y tiens.

Dans les noms Cdes partants on n’Fverra G7pas le Cmien.

Dieu ! que de processions, de monômes, de groupes,
Que de rassemblements, de cortèges divers,
Que de ligues, que de cliques, que de meutes, que de troupes !
Pour un tel inventaire il faudrait un Prévert.

Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on,
Est plus de quatre on est une bande de cons.
Bande à part, sacrebleu ! c’est ma règle et j’y tiens.
Parmi les cris des loups on n’entend pas le mien.

Oui, la cause était noble, était bonne, était belle !
Nous étions amoureux, nous l’avons épousée.
Nous souhaitions être heureux tous ensemble avec elle,
Nous étions trop nombreux, nous l’avons défrisée.

Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on,
Est plus de quatre on est une bande de cons.
Bande à part, sacrebleu ! c’est ma règle et j’y tiens.
Parmi les noms d’élus on n’verra pas le mien.

Je suis celui qui passe à côté des fanfares,
Et qui chante en sourdine un petit air frondeur.
Je dis, à ces messieurs que mes notes effarent :
« Tout aussi musicien que vous, tas de bruiteurs ! »

Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on,
Est plus de quatre on est une bande de cons.
Bande à part, sacrebleu ! c’est ma règle et j’y tiens.
Dans les rangs des pupitres on n’verra pas le mien.

Pour embrasser la dame, s’il faut se mettre à douze,
J’aime mieux m’amuser tout seul, cré nom de nom !
Je suis celui qui reste à l’écart des partouzes.
L’obélisque est-il monolithe, oui ou non ?

Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on,
Est plus de quatre on est une bande de cons.
Bande à part, sacrebleu ! c’est ma règle et j’y tiens.
Au faisceau des phallus on n’verra pas le mien.

Pas jaloux pour un sou des morts des hécatombes,
J’espère être assez grand pour m’en aller tout seul.
Je ne veux pas qu’on m’aide à descendre à la tombe,
Je partage n’importe quoi, pas mon linceul.

Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on,
Est plus de quatre on est une bande de cons.
Bande à part, sacrebleu ! c’est ma règle et j’y tiens.
Au faisceau des tibias on n’verra pas les miens.